L’actualité à la une
L’effet de la canicule sur le marché de l’électricité : avec des températures frôlant ou dépassant localement les 40°C, le système électrique français traverse son premier grand test thermique de l’année. Entre hausse de la climatisation, baisse de disponibilité de certaines centrales et pannes locales, les fondamentaux du marché se réajustent sous la pression climatique.
- Effet “climatisation” : portée par le rafraîchissement des bâtiments, la consommation a atteint un pic estival à 58,7 GW. Chaque degré au-dessus des normales engendre une demande supplémentaire de 0,7 à 1 GW (soit 12 GW de surconsommation en semaine). Le vrai défi se situe en soirée : quand le solaire ne produit plus, la climatisation tourne encore, obligeant la France à solliciter ses centrales à gaz d’appoint.
- Production et réseaux malmenés : pour protéger la biodiversité des fleuves, EDF a dû moduler ou arrêter plusieurs réacteurs (Golfech, Nogent, Bugey), privant temporairement le parc de 3,5 % de sa puissance globale. En parallèle, la chaleur extrême dilate les lignes aériennes de RTE et fragilise les câbles souterrains urbains les plus anciens, provoquant des coupures locales (Finistère, Toulouse, Bordeaux).
- Volatilité Spot vs Réalité des coûts : si la météo fait s’affoler le marché « Spot » (au comptant) — qui a oscillé par exemple entre 11 et 159 €/MWh sur une seule journée —, cette Bourse de l’électricité ne représente qu’entre 1,5 % et 2,5 % des volumes réels en France. La grande majorité des entreprises est protégée par des contrats à prix fixe.
- Rappelons d’ailleurs que l’électron ne pèse que 40% de votre facture finale, le reste se partageant entre taxes, éléments réglementaires et acheminement (TURPE).
- Horizon 2040-2060 : ce choc climatique intervient alors que l’économie accélère son électrification (véhicules électriques, centres de données, décarbonation industrielle). Pour adapter les infrastructures, RTE, Enedis et EDF engagent plus de 190 milliards d’euros d’ici 2040. Des investissements historiques qui se répercuteront inévitablement sur la part fixe de votre facture (TURPE)
Que retenir : ne laissez pas la volatilité de l’été ou les bruits médiatiques dicter vos budgets. Aujourd’hui, privilégiez des contrats à moyenne échéance pour sécuriser vos coûts fixes. En parallèle, optimisez vos factures (TURPE) et procédures opérationnelles estivales en déplaçant vos usages modulables (recharges, climatisation, process métiers) en journée afin d’anticiper l’abondance du solaire européen – les adaptations du TURPE et des contrats suivront dans les années à venir.
Retrouvez notre analyse complète, les chiffres clés et nos perspectives à long terme dans notre dernier article de blog : [Lire l’article complet].
En bref – régulation et perspectives
- Marchés de gros : la CRE publie son rapport de surveillance 2025. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) confirme un retour à la normale après la crise énergétique, mais pointe du doigt des marchés en pleine mutation. Le marché s’apaise en moyenne, mais sa volatilité au jour le jour est historique
- Électricité : grâce à sa production décarbonée (nucléaire et ENR), la France affiche des prix annuels moyens compétitifs (61 €/MWh). Cependant, la volatilité à court terme explose : les heures à prix négatifs bondissent (513 h en 2025 contre 352 h en 2024), tout comme les pointes dépassant les 100 €/MWh (21 % du temps).
- Gaz naturel : nette accalmie sur le marché français (le PEG). L’abondance de l’offre mondiale de GNL a permis de stabiliser et de détendre les cours, ramenant le prix moyen mensuel à 35 €/MWh.
- Surveillance : le gendarme de l’énergie maintient une vigilance stricte. Dix enquêtes approfondies sont actuellement en cours d’investigation et plusieurs procédures de sanctions ont été engagées contre des acteurs pour des manquements sur les marchés de gros
- Rappel : les prix indiqués sont ceux du marché de gros. Les prix des contrats de fourniture (ou de détail) s’appuient sur les prix de gros pour être proposés et incluent la marge des fournisseurs et les diverses couvertures de risque.
- Offres à tarification dynamique : sursis pour les fournisseurs. La Commission de régulation de l’énergie, décidément très active, prolonge jusqu’au 30 juin 2027 le régime transitoire pour l’obligation de proposer des offres à tarification dynamique. Seuls les fournisseurs d’électricité comptant plus de 200 000 sites clients sont concernés. Ce report leur laisse le temps technique nécessaire pour adapter leurs systèmes d’information (SI) et de facturation à ces offres indexées sur les prix spot heure par heure. Cette prolongation vise également à concevoir des outils pédagogiques clairs pour que les clients professionnels et particuliers comprennent ces offres complexes avant d’y souscrire. Le but fondamental d’une offre à tarification dynamique est de transmettre directement au consommateur les signaux de prix du marché de gros afin de l’inciter à adapter sa consommation en temps réel. Ce type d’offre transfère le risque de prix de gros du fournisseur vers le client.
- Fraude aux CEE : plusieurs fournisseurs sanctionnés par l’État. Dans le cadre du dispositif national des CEE, le ministère de l’Économie et des Finances vient de sévir contre plusieurs opérateurs pour des manquements réglementaires (JO du 23 juin 2026). Le dispositif des CEE oblige les fournisseurs d’énergie à financer des travaux de rénovation énergétique pour le compte de particuliers ou d’entreprises. Le gain de ces travaux se mesure en kWh cumac (cumulés et actualisés). Lorsque l’État annule des volumes, cela signifie que les contrôles ont révélé des dossiers non conformes ou frauduleux, forçant les fournisseurs à racheter des volumes valides sur le marché pour remplir leurs quotas. Concernant les sanctions prononcées, l’impact varie grandement selon la taille des structures. Pour un géant comme TotalEnergies, l’annulation de 12 699 600 kWhc reste très marginale. Le volume devient en revanche plus significatif pour le distributeur Varo Energy France avec 25 734 800 kWhc annulés. Enfin, la sanction est lourde pour la société OFEE : l’État a annulé 980 000 kWh cumac « classiques » ainsi que 14 541 920 kWh cumac « précarité », le tout assorti d’une amende financière de 36 300 euros.
En bref – Le point marchés
- Électrification : le Gouvernement consulte sur les contrats à long terme. Dans le cadre de son grand plan d’électrification, le ministère des Finances vient de lancer une consultation publique portant sur la création de nouveaux produits d’approvisionnement en électricité à long terme. L’objectif est de permettre aux entreprises et aux industriels de sécuriser leurs coûts énergétiques sur de très longues échéances, tout en offrant aux producteurs d’énergie la visibilité nécessaire pour financer le développement des infrastructures décarbonées du pays. Un dispositif à suivre !
- GNL et émission de méthane. La Commission européenne envisage d’accorder une dérogation temporaire (2027-2029) sur les sanctions financières (jusqu’à 20 % du chiffre d’affaires mondial) infligées aux importateurs de gaz incapables de prouver la conformité écologique de leurs cargaisons aux normes de l’UE (on parle notamment des émissions de méthane non contrôlées – le règlement méthane). Cette mesure d’assouplissement, motivée par des tensions géopolitiques (guerre en Iran, menaces de l’administration Trump, fin du gaz russe), vise à sécuriser l’approvisionnement de l’Europe en gaz (notamment le GNL américain dont elle dépend fortement) et à éviter une flambée des prix, bien qu’une incertitude juridique persiste pour l’après-2029.
Les marchés de gros :
- Marché de gros de l’électricité : toutes les échéances ont reculé, la courbe à terme s’étant récemment stabilisée pour offrir de nouvelles opportunités de couverture. Sans surprise, c’est l’échéance 2027 qui se montre la plus volatile et sensible aux aléas, enregistrant la plus forte baisse (-4 %). Nous sommes désormais ancrés dans une nouvelle réalité où les prix à court terme restent fortement soutenus et sous tension. En cause : une météo imprévisible marquée par la canicule actuelle, des craintes sur l’hydrologie et la production nucléaire en France, ainsi qu’une production éolienne particulièrement faible. Ce manque de vent oblige à recourir fréquemment au gaz pour couvrir les pointes de consommation du soir (voir notre article ci-dessus).
- Marché de gros du gaz. L’annonce d’une augmentation de l’offre disponible, surtout prévue courant 2026 et en 2027, entraîne une baisse sur toutes les échéances (environ -1 €/MWh, soit -3% en 2027, tandis que 2029 reste stable à -0,04 €/MWh). Cette détente et l’effacement progressif de la prime de risque géopolitique s’expliquent par la confirmation d’un accord temporaire (et fragile) entre les États-Unis et l’Iran. Cet accord, qui inclut la libre circulation et une reprise limitée des exportations iraniennes, a permis de ramener le trafic estimé dans le détroit d’Ormuz à environ 75% de son niveau d’avant-conflit. Parallèlement, les flux de GNL montrent des signaux d’amélioration avec le redémarrage progressif des volumes qatariens, malgré des risques techniques persistants. Du côté des stocks européens, le remplissage se poursuit grâce aux flux de gazoducs qui compensent en partie la baisse du GNL : les niveaux atteignent 48,29 % (+1,8 point) en Europe et 48,87 % (+1,3 point) en France. L’équilibre reste précaire : les niveaux actuels accusent toujours 10 points de retard par rapport à 2025 et le marché reste exposé aux vagues de chaleur, à la compétition asiatique et à une possible sous-estimation de la demande d’électricité dans les mois à venir.
- Retrouvez un suivi quotidien des prix de gros de l’électricité et du gaz sur notre site internet : EEX Settlement Price Futures – WattValue – Achats groupés d’énergie et énergie renouvelable pour les professionnels
Suivi des prix de marché de gros de l’électricité : Baseload (€/MWh) :
| Années | Clôture | ||
| 19/06/2026 | 26/06/2026 | ||
| 2027 | 57,25 | 55,58 | ↓ |
| 2028 | 51,95 | 50,95 | ↓ |
| 2029 | 55,18 | 53,94 | ↓ |
Suivi des prix de marché de gros du gaz : Marché TRF (Trading Region France) (€/MWh) :
| Années | Clôture | ||
| 19/06/2026 | 26/06/2026 | ||
| 2027 | 33,98 | 32,88 | ↓ |
| 2028 | 26,90 | 26,54 | ↓ |
| 2029 | 23,46 | 23,41 | ↓ |

