L’actualité à la une
Évolution des besoins des entreprises : les enjeux de l’électrification. Si l’année 2022 a été marquée par la crise énergétique et la peur des coupures, la situation a profondément évolué : la France est entrée dans une période de surcapacité de production électrique. Nous l’avons plusieurs fois relevé dans notre infolettre.
Avec un mix national décarboné à 95 %, l’électricité devient le vecteur principal de la transition énergétique des entreprises, d’autant que la fiscalité sur les énergies fossiles (gaz naturel) continue de se durcir. Le gouvernement envisage de baisser les assises sur l’électricité dans le budget 2027. Pour les professionnels, ce basculement n’est plus seulement une démarche environnementale, mais un arbitrage économique à long terme.
Remplacer des processus thermiques par des solutions électriques (chaleur industrielle, flottes de véhicules, PAC) modifie structurellement le profil de consommation d’un site. Augmenter sa puissance souscrite et consommer de plus grands volumes d’électricité expose davantage l’entreprise aux mécaniques du marché de l’énergie. Sans anticipation contractuelle, l’impact budgétaire peut être significatif.
Pour réussir ce virage énergétique et en maîtriser les coûts, la stratégie d’approvisionnement doit s’articuler autour de trois axes fondamentaux:.
- Optimiser le calendrier et le type de vos achats pour fixer vos coûts et se protéger de la volatilité des marchés de gros ; intégrer de nouvelles structures de contrats à long et moyen terme (PPA lorsque c’est envisageable, contrats à 4 ans ou plus) pour lisser les risques et offrir une visibilité budgétaire pluriannuelle aux directions financières
- Anticipez l’évolution des paramètres du TURPE (coûts d’acheminement) afin de les adapter à vos nouveaux besoins et éviter des dépassements inutiles. Un conseil d’autant plus d’actualité que la CRE a annoncé une hausse de 3,04 % de ce TURPE au 1er août 2026, ce qui le fait grimper plus vite que l’inflation (+1,30% hors tabac).
- Valoriser une électricité vraiment verte via des Garanties d’Origine afin de s’assurer que cette consommation électrique accrue réponde aux exigences des rapports RSE et aux attentes des parties prenantes.
Que vous anticipiez une hausse de puissance sur vos sites ou que vous cherchiez à sécuriser vos budgets d’ici 2030, il s’agit de dimensionner les contrats de fourniture en fonction de vos nouveaux besoins de puissance et de sécuriser vos trajectoires budgétaires.
Découvrir l’analyse complète sur notre blog : pourquoi l’électrification est une course de fond pour votre rentabilité. Énergie : Stratégie d’électrification entreprises
Bon à savoir
- Le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO – cour des comptes) dessine la trajectoire fiscale de l’énergie pour les prochaines années. Cet avis est consultatif mais donne le ton. À moyen terme, les taxes sur le gaz et le fioul vont augmenter (suppression progressive des niches fiscales), tandis que celles sur l’électricité devraient baisser pour encourager la décarbonation et assurer une moindre dépendance aux importations. En cas de hausse du pétrole, le CPO déconseille les baisses de taxes générales et préconise des aides budgétaires ciblées pour les entreprises les plus exposées. D’ici 2030, le nouveau marché carbone européen (ETS 2) renchérira le coût des énergies fossiles. Les entreprises qui n’auront pas anticipé l’électrification de leurs process verront leurs coûts énergétiques s’alourdir. Ce qu’il faut retenir : La fiscalité va devenir un levier de pression sur le fossile. Cet avis reboucle avec notre article principal sur l’électrification. Attention : pour des raisons politiques, le marché carbone ETS2 (ou SEQE-UE2), n’est toujours pas transposée dans le droit français.
- Biométhane et Certificats de production (bis repetita). Le cadre réglementaire des Certificats de Production de Biogaz (CPB) évolue avec un nouveau décret (22 mai 2026). Ce dispositif, qui impose aux fournisseurs de verdir leur portefeuille sous peine de pénalités, reprend le mécanisme des CEE avec une refacturation proportionnelle aux consommateurs (à hauteur de 0,41€/MWh cette année, 1,82€/MWh en 2027 et 4,15€/MWh en 2028). Sur le marché, les CPB s’échangent en mai 2026 entre 97,50€ à 99€/MWh. C’est un niveau historiquement élevé, juste en dessous du plafond de la pénalité réglementaire (100€). La baisse d’avril (notre édition du 1er juin dernier) était donc temporaire. Le gouvernement va publier un arrêté pour lister précisément quels consommateurs finaux professionnels seront intégrés au calcul des obligations de restitution des fournisseurs (obligation de restitution : achat d’une quantité minimale de CPB proportionnelle aux volumes vendus à leurs clients sous peine de payer une lourde pénalité financière). À terme, cette réglementation va accentuer la pression haussière sur le prix de fourniture du gaz naturel pour les entreprises
- Rapport du Médiateur de l’énergie : une accalmie trompeuse. Le Médiateur national de l’énergie vient de publier son bilan annuel. Si la baisse des prix de gros a entraîné une baisse globale des litiges, le rapport pointe du doigt des dérives de marché qui ciblent de plus en plus les entreprises. De nombreux professionnels se retrouvent engagés automatiquement sur des tarifs hors marché (parfois très élevés) faute d’avoir dénoncé leur contrat à temps (reconduction tacite). Le Médiateur alerte sur le manque de transparence de certaines offres indexées complexes, où l’évolution réelle des prix est difficile à anticiper pour une direction financière. Les PME et TPE restent les cibles prioritaires de courtiers ou de fournisseurs peu scrupuleux utilisant des méthodes de vente trompeuses. Ce qu’il faut retenir : La baisse des marchés ne doit pas faire baisser votre garde. Plus que jamais, l’analyse rigoureuse des clauses contractuelles (conditions de renouvellement, grilles de prix) est indispensable avant toute signature ou fin d’engagement
- Énergies renouvelables au T1 2026 : l’éolien accélère, le biogaz s’essouffle. Les dernières statistiques officielles du SDES (mai 2026) montrent des dynamiques contrastées pour le mix énergétique français. Porté par le terrestre et l’essor de l’éolien en mer, le parc éolien atteint une puissance 26,4 GW. Pour la première fois en trois ans, le rythme des raccordements du solaire fléchit légèrement (1,495GW raccordés). La production brute reste toutefois en hausse (+13 % sur un an), consolidant la disponibilité de l’énergie solaire en journée (et accessoirement les prix de gros négatifs). Les nouvelles capacités d’injection de biométhane s’effondrent de moitié par rapport au T1 2025, plombées par le manque de visibilité réglementaire. Même si la production actuelle progresse (+14 %), ce ralentissement de la filière confirme le risque de rareté (et donc de prix élevés) des CPB pour les années à venir. Ce qu’il faut retenir : la surcapacité électrique française se confirme. La stagnation des nouvelles capacités de biogaz renforce notre alerte sur le coût des CPB.
- Climat : EDF sécurise la résilience de ses parcs nucléaire et hydraulique. EDF accélère son plan d’adaptation pour faire face à la multiplication des événements climatiques extrêmes (canicules, sécheresses, crues). Cette stratégie vise directement à garantir la continuité de la production électrique française. EDF adapte ses centrales nucléaires pour qu’elles continuent de fonctionner, même lors de fortes vagues de chaleur, réduisant ainsi le risque de baisses de production forcées pendant l’été. Les infrastructures hydroélectriques sont renforcées pour mieux gérer les variations rapides du niveau des eaux, un enjeu clé puisque l’hydroélectricité reste la principale source d’énergie renouvelable pilotable pour absorber les pointes de consommation. Ces investissements vont dans le sens de la sécurité d’approvisionnement et de la stabilité du réseau à long terme.
- Le chiffre : 448 TWh. C’est la consommation mondiale des datacenters en 2025, soit 1,5 % de l’électricité produite dans le monde, presque équivalente à la consommation française de 2025 (451 TWh). Et d’ici 2030, ce chiffre pourrait bien doubler. En Irlande, il représente déjà 20 % de la consommation nationale !
Les marchés :
- Marché de gros de l’électricité : selon l’AGEFI, s’appuyant sur des chiffres de RTE, la France est le premier exportateur d’électricité dans le monde en 2024, et enregistre des records les 26 et 28 mai 2026 grâce au solaire et au nucléaire. C’est cette situation de production confortable et décarbonée qui permet à la France d’avoir un des prix de gros de l’électricité les plus bas d’Europe et surtout un bouclier qui rend les prix de marché de gros annuels quasiment insensibles aux soubresauts géopolitiques.
- Marché de gros du gaz. Sans surprise, la reprise des hostilités au moyen orient se traduit par une hausse sensible des prix de gros de court terme. Le TTF (place de marché de gros des Pays-Bas) juillet 2026 prenait ainsi plus de 5% en début de matinée à plus de 51€/MWh. La hausse ne contamine pas pour l’instant les périodes de livraison éloignées, qui parient toujours sur une résolution du conflit et un surplus de GNL. Par contre, elle renchérira le coût du remplissage des stocks pour l’hiver prochain. L’état des stocks européen atteint 42% de remplissage au niveau européen et 43% en France, 10 à 15 points en dessous des niveaux de 2025.
- Retrouvez un suivi quotidien des prix de gros de l’électricité sur notre site internet : EEX Settlement Price Futures – WattValue – Achats groupés d’énergie et énergie renouvelable pour les professionnels
Suivi des prix de marché de gros de l’électricité : Baseload (€/MWh) :
| Années | Clôture | ||
| 29/05/2026 | 05/06/2026 | ||
| 2027 | 56,31 | 56,75 | ↑ |
| 2028 | 52,50 | 51,84 | ↓ |
| 2029 | 55,15 | 54,60 | ↓ |
Suivi des prix de marché de gros du gaz : Marché TRF (Trading Region France) (€/MWh) :
| Années | Clôture | ||
| 29/05/2026 | 05/06/2026 | ||
| 2027 | 35,10 | 36,17 | ↑ |
| 2028 | 27,02 | 27,24 | ↑ |
| 2029 | 23,62 | 23,76 | ↑ |
