VOTRE ACTU DU MARCHÉ

Énergie : de la quête du prix bas à l’urgence sécuritaire. Le dernier observatoire de la CRE pour le quatrième trimestre 2025 confirme une dynamique d’ouverture sans précédent pour les entreprises et collectivités : désormais, plus de 70 % des sites non résidentiels ont opté pour des offres de marché en électricité. Ils privilégient la compétitivité des fournisseurs alternatifs (53 % du volume électricité, 73 % en gaz), signe d’une recherche active de compétitivité. Mais ces chiffres décrivent un monde déjà révolu. Depuis, le paradigme a changé. L’escalade au Moyen-Orient — frappes sur les infrastructures qataries et blocage du détroit d’Ormuz — a pulvérisé la lisibilité du marché. Le climat actuel des marchés de l’énergie est marqué par une extrême volatilité et une forte incertitude. Néanmoins, si le modèle énergétique français protège structurellement les budgets d’électricité grâce à une production décarbonée record (95,2 % en 2025) et que l’on voit une déconnexion réelle entre les prix de l’électricité et du gaz, il est plus que temps de changer d’attitude. La recherche du prix le plus bas que semble corroborer l’observatoire devrait être reconsidérée au bénéfice de la sécurité des budgets. 
À retenir : l’incertitude reste totale quant à la durée du conflit et à une possible intervention terrestre. Le marché de l’énergie, notamment le GNL, est entré dans une phase d’imprévisibilité. 20 % du commerce mondial de pétrole et de GNL est bloqué (la navigation dans le détroit d’Ormuz est interrompue, et le canal de Suez fait l’objet d’un contrôle étroit). L’Europe est prise en étau : tributaire à 60 % du GNL américain, elle subit la compétition frontale de l’Asie pour chaque cargaison. Avec des stocks historiquement bas (10 à 30% en fonction des pays), la moindre rupture d’approvisionnement devient une menace immédiate sur les prix. Côté électricité, si le mix décarboné français nous offre un “parapluie” de 30 à 40 €/MWh face à nos voisins, cette protection n’est pas étanche. La flambée des prix de gros du gaz risque, par effet de contagion, de doper mécaniquement les prix de l’électricité et de fragiliser cette accalmie. L’heure n’est plus à la simple “chasse au prix bas” constatée par la CRE, mais à la sanctuarisation des budgets. Face à une imprévisibilité totale et au risque d’intervention terrestre, l’anticipation est votre seule protection contre une “bombe budgétaire”.

Information : votre newsletter fait une pause la semaine prochaine. Rendez-vous le 7 avril pour un nouveau décryptage complet des marchés !

Bon à savoir

  • Gaz : encore un terme tarifaire en hausse. La CRE a fixé le terme tarifaire de stockage pour 2026, entraînant une hausse de 20 % de cette composante au 1er avril (passant à environ 167 €/MWh/j/an). Si cette réévaluation reflète l’augmentation des revenus autorisés des opérateurs pour sécuriser l’approvisionnement, son impact final restera limité à environ +0,5% à 1% sur la facture des consommateurs. Pour un industriel ou une PME, la part “acheminement et stockage” de la facture de gaz a toutefois augmenté de 18 % à 25 % depuis début 2024 !
  • Mécanisme de Capacité 2026 : alerte à l’insécurité juridique – à l’approche du 1er avril 2026, les acteurs de l’énergie dénoncent un pilotage à vue du nouveau mécanisme de capacité : les quatre arrêtés clés n’ont toujours pas été publiés. Sans règles de prix ni volumes confirmés, industriels et fournisseurs s’exposent à des risques financiers majeurs. Des fédérations de consommateurs et de fournisseurs du secteur (AFIEG, CLEEE, ANODE, UNIDEN) demandent officiellement de repousser la clôture du guichet des enchères à un mois après la publication des textes, afin de sécuriser le déploiement des 4,3 GW de flexibilités attendus. Le mécanisme de capacité, qui garantit que les fournisseurs ont les moyens nécessaires pour couvrir les pics de consommation d’électricité, est réformé cette année. Il peut peser plusieurs €/MWh sur les factures des consommateurs, surtout si l’offre d’électricité n’est pas au rendez-vous, comme en 2022. 
  • Énergie : l’Europe face à l’urgence – Le sommet européen des 19 et 20 mars 2026 marque un tournant avec la création d’un fond de 30 milliards d’euros, financé par les quotas carbone, pour soutenir la compétitivité industrielle et financer la décarbonation. Pour contrer l’explosion des factures, la Commission a validé l’allègement immédiat du cadre des aides d’État (CISAF), permettant aux gouvernements de subventionner massivement les sites énergivores sans lourdeurs bureaucratiques. Les Vingt-Sept ont également acté une offensive sur quatre leviers : la fiscalité, les tarifs réseaux, la généralisation des contrats long terme (PPA/CfD) et une révision accélérée du marché du CO2 (EU-ETS). Alors que le GNL reste sous haute tension après les frappes au Qatar, l’Europe choisit la voie d’une souveraineté accélérée pour décorréler définitivement le prix de l’électricité de la volatilité du gaz. 
  • Interconnexions : le paradoxe de la solidarité forcée – L’UE pousse au renforcement des réseaux transfrontaliers pour compenser l’intermittence des renouvelables (EnR) dans certains pays. Mais cette stratégie se heurte à une fronde, menée notamment par la Suède, contre le centralisme de Bruxelles. La « double peine » des pays décarbonés : la Commission menace de sanctions les États en retard sur leurs objectifs EnR (France, Suède), alors même que leur mix (nucléaire/hydroélectricité) décarboné stabilise déjà le réseau européen. Stockholm dénonce une injustice majeure : ses citoyens devraient financer des infrastructures coûteuses qui ne servent qu’à exporter leur électricité bon marché, faisant grimper les factures locales au profit de l’Allemagne ou de la Pologne. Le message est clair : la solidarité européenne ne doit pas se transformer en un transfert de richesse des pays structurellement exportateurs vers ceux qui n’ont pas sécurisé leur propre système. En France, le coût de ces infrastructures serait mécaniquement répercuté sur le TURPE (Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité) sans compter le lissage des prix de gros de l’électricité au niveau européen qui pourrait se traduire par une hausse des prix de gros en France.
  • La Cour des comptes alerte sur un mirage budgétaire. Dans son dernier rapport, la Cour des comptes souligne le poids financier du soutien aux énergies renouvelables. Si l’envolée des prix de gros a permis aux filières éoliennes et solaires de reverser ponctuellement des surplus à l’État, la Cour avertit que cette manne est conjoncturelle et ne compense pas l’absence de pilotage budgétaire à long terme. En 2022 et 2023, ces filières ont ainsi reversé environ 14 milliards d’euros aux caisses publiques, effaçant temporairement le coût des subventions passées. Cependant, la Cour des comptes tempère cet enthousiasme en rappelant que le coût cumulé du soutien aux EnR d’ici 2045 est estimé à plus de 120 milliards d’euros, plaidant pour un pilotage budgétaire plus rigoureux et moins dépendant de l’opportunisme des prix de marché.

Les marchés :

  • Marché de gros de l’électricité : le marché européen de l’électricité se fracture sous l’effet de la crise. Si la volatilité est de mise, deux dynamiques opposées se dessinent. Chez nos voisins, notamment en Allemagne, les prix au comptant (Spot) explosent, s’installant durablement entre 120 € et 150 €/MWh. Grâce à un mix de production d’électricité quasiment déconnecté du gaz naturel en cette période, la France (55 €/MWh) et l’Espagne (38 €/MWh) font figure d’exceptions notables. Malgré l’inquiétude croissante liée au conflit au Moyen-Orient, les échéances futures en France restent étonnamment stables autour de 55 €/MWh. C’est un paradoxe de marché : ce niveau de prix, que nous aurions qualifié d’opportunité exceptionnelle il y a six mois, est toujours accessible aujourd’hui malgré la pression géopolitique. Au risque de se répéter, fixer vos prix maintenant, c’est transformer une opportunité de marché en une certitude budgétaire
  • Marché de gros du gaz. Sans surprise, les prix de gros du gaz à court et moyen terme s’envolent. L’enlisement du conflit et la destruction d’infrastructures énergétiques font grimper les tarifs en moyenne de +20% sur le court terme et de +10% sur le marché à terme. Toujours sans surprise, les stocks de gaz au niveau européen tombent sous la barre des 30%. Paradoxalement, en France, ils ont gagné un point par rapport à la semaine précédente pour atteindre 22%.
  • Retrouvez un suivi quotidien des prix de gros de l’électricité sur notre site internet : EEX Settlement Price Futures – WattValue – Achats groupés d’énergie et énergie renouvelable pour les professionnels    

Suivi des prix de marché de gros de l’électricité : Baseload (€/MWh) :

Années Clôture
  13/03/2026 19/03/2026  
2027 55,90 56,96
2028 49,98 51,82
2029 53,08 53,55

Suivi des prix de marché de gros du gaz : Marché TRF (Trading Region France) (€/MWh) :

Années Clôture
  13/03/2026 19/03/2026  
2027 36,12 45,96
2028 26,06 30,68
2029 22,86 24,34