Actualité particulièrement chargée de la CRE en ce début d’année : le secteur de l’énergie amorce une transition structurelle majeure : la fin de l’ARENH provoque une activité record sur les marchés de gros, tandis que les tarifs et la fiscalité s’adaptent pour mieux encadrer la production nucléaire et encourager la flexibilité liée au solaire. Trois documents présentent les résultats de certaines missions et décisions de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) concernant l’organisation des marchés de l’électricité en France. Source : l’actualité de la CRE
- Flexibilité du réseau (TURPE 7) : la CRE adapte les tarifs de distribution pour favoriser la transition écologique. Les principales mesures incluent le rétablissement des heures creuses méridiennes (11h-14h) pour consommer l’énergie solaire, l’extension des zones incitatives pour le stockage d’électricité, et l’introduction de bonus/malus financiers pour les distributeurs locaux basés sur leur qualité de service (délais de raccordement et coupures)
- Taxation des revenus nucléaires : dans sa délibération du 7 janvier 2026, la CRE précise les modalités de calcul des revenus annuels du parc nucléaire d’EDF, en lien avec la taxe sur la production nucléaire instaurée par la loi de finances pour 2025. Cette taxe prévoit des prélèvements de 50 % et 90 % selon les seuils de revenus atteints. “La CRE estime ainsi les revenus unitaires issus du nucléaire d’EDF à 60,94 €/MWh en 2027, soit un revenu de 21,940 milliards pour une production cible de 360 TWh” – bien en dessous du seuil de déclenchement (78€/MWh) du “Versement Nucléaire Universel” aux consommateurs.
- Bilan record pour les marchés de gros : l’année 2025 a été historique avec 1 897 TWh échangés, soit une hausse annuelle de 20 %. Ce dynamisme est directement lié à la fin du mécanisme ARENH : les acteurs de marché ont massivement basculé vers des produits contractuels classiques, entraînant une explosion de 111 % des positions ouvertes pour les livraisons d’électricité en 2026
Bon à savoir
- Numérique et énergie : le défi électrique des data centers. Meta (maison mère de Facebook) renforce sa stratégie énergétique pour soutenir l’essor de ses centres de données dédiés à l’IA aux États-Unis. Le groupe a signé des accords avec Vistra pour prolonger et augmenter la capacité de centrales nucléaires existantes, et avec TerraPower et Oklo pour développer des réacteurs nucléaires de nouvelle génération. Ces projets pourraient représenter, d’ici 2035, 6,6 GW (l’équivalent de 5 EPR) de nouvelles capacités nucléaires destinées à alimenter notamment le “supercluster IA Prometheus” dans l’Ohio.
En France, l’impact énergétique des centres de données reste très incertain à long terme. Selon une étude prospective de l’Ademe, leur consommation d’électricité d’ici à 2060 pourrait être divisée par deux ou multipliée par sept selon les trajectoires retenues. À horizon 2035, le scénario tendanciel prévoit une hausse par 3,7 de la consommation liée aux usages français, dont une large part serait localisée à l’étranger et donc très carbonés. Cette croissance s’accompagne toutefois d’un potentiel accru de récupération de chaleur fatale, pouvant atteindre jusqu’à 12,9 TWh en 2035 selon les scénarios. La position de l’Ademe de limiter le déploiement des datacenter en France (“politique de sobriété volontariste”) laisse songeur : la restriction des centres en France ne fera qu’augmenter leur poids carbone. - Nucléaire : l’EPR de Flamanville à l’arrêt prolongé. À la suite de la tempête Goretti, EDF a dû engager des travaux de remplacement d’équipements sur les postes électriques 400 kV du site de Flamanville. Ces interventions, réalisées hors tension, entraînent l’arrêt temporaire du réacteur EPR de Flamanville 3, ainsi que le maintien à l’arrêt du réacteur 1. Les deux unités resteront indisponibles jusqu’au 1er février, tandis que l’unité 2 demeure à l’arrêt pour maintenance programmée
- Retrait d’autorisation : le ministère de l’Économie a retiré au fournisseur Actelios Solutions – JPME son autorisation d’achat-revente d’électricité à compter du 22 janvier 2026, après de nombreuses plaintes pour pratiques commerciales trompeuses et impayés (depuis 2024 !). Les clients seront automatiquement transférés chez EDF, fournisseur de secours. Cette décision fait suite aux alertes répétées du Médiateur national de l’énergie et à des condamnations judiciaires. Les règles prudentielles à venir de la CRE et du ministère de l’économie devraient éviter ce genre de situation à l’avenir.
- Engie donne sa vision du marché : dans un entretien à la revue de l’énergie, la DG d’ENGIE précise sa stratégie. Engie vise la neutralité carbone en 2045 et se positionne comme un acteur clé de la transition énergétique. Ses priorités sont le développement massif des renouvelables, du stockage et des gaz verts. Les principales incertitudes concernent la stabilité des politiques énergétiques et l’investissement. La souveraineté énergétique européenne est possible grâce aux réseaux interconnectés et à un mix diversifié. L’IA va accroître la demande électrique mais optimisera aussi les réseaux et la production. La transition est déjà en marche et bénéficiera aux citoyens, aux territoires et à l’économie.
- Centrales à gaz : l’Allemagne a obtenu l’accord de principe de la Commission européenne le 16 janvier 2026 pour construire de nouvelles centrales électriques au gaz. Des appels d’offres seront lancés dès 2026 pour développer 12 gigawatts de capacités supplémentaires. Ces nouveaux équipements, devant entrer en service au plus tard en 2031, devront être décarbonés au plus tard en 2045 par des conversions progressives (hydrogène). Cette stratégie répond à l’objectif de disposer d’une source d’électricité de secours en cas de pénurie d’énergies renouvelables et s’inscrit dans les efforts de réduction des prix de l’électricité, qui ont fortement augmenté suite à la guerre en Ukraine.
Les marchés :
- Marché de gros de l’électricité : ces dernières années, les fournisseurs ont mis en avant des contrats “bloc+spot”, permettant d’intégrer dans les contrats de fourniture des prix spots (ou “au comptant”), historiquement plus attractifs que les prix à terme. Mais le marché est en train de démentir cette logique : en 2025, les prix spot moyens sont 5 % plus élevés qu’en 2024, et surtout, ils dépassent de plus de 10 % un prix à terme historiquement bas. La raison est identifiée : la volatilité des énergies renouvelables. Si elles contribuent à faire baisser le marché à terme, notamment en été, leur caractère non pilotable renforce la volatilité des prix spots : elles obligent les opérateurs à recourir ponctuellement à des centrales d’appoint coûteuses (cf. ci-dessus la stratégie de l’Allemagne à 2030). Sur le marché à terme, gaz et électricité suivent des directions contraires, à l’exception de 2027. Les prix de l’électricité sont portés par le CO2, très spéculatif. La question de la hausse en une semaine de 2€/MWh (4%) pour l’échéance 2027 laisse quand même circonspect en l’absence de changements fondamentaux.
- Marché de gros du gaz : pour la première fois, Gazprom a fourni plus de gaz à la Chine qu’à l’Europe. Pendant ce temps, les importations de GNL atteignent des records pour compenser partiellement les soutirages des stockages. Les opérateurs de stockage se veulent rassurants au niveau européen, les niveaux étant néanmoins seulement 5 points au dessus du plus bas historique (52% au niveau européen, le plus bas étant de 47%). Les marchés à moyen terme se sont appréciés en réponse d’une part à la demande hivernale (avec une vague de froid attendue en fin de mois en Europe et en Chine) et d’autre part aux incertitudes géopolitiques dont l’exposition à la dépendance aux USA pour le GNL (et les décisions structurantes du président des USA).
Suivi des prix de marché de gros de l’électricité : Baseload (€/MWh) :
| Années | Clôture | ||
| 09/01/2026 | 16/01/2026 | ||
| 2027 | 49,47 | 51,52 | ↑ |
| 2028 | 52,19 | 53,50 | ↑ |
| 2029 | 54,69 | 55,22 | ↑ |
Suivi des prix de marché de gros du gaz : Marché TRF (Trading Region France) (€/MWh) :
| Années | Clôture | ||
| 02/01/2026 | 09/01/2026 | ||
| 2027 | 23,98 | 24,76 | ↑ |
| 2028 | 22,83 | 22,57 | ↓ |
| 2029 | 21,99 | 21,84 | ↓ |
