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L’actualité à la une
Relance du nucléaire : un compte à rebours décisif. Bien que le premier EPR2 de Penly ne soit attendu qu’en 2038, les prochains mois sont cruciaux pour valider la viabilité du projet. Pour maintenir le calendrier, EDF et l’État doivent sceller la décision finale d’investissement avant la fin de l’année, tout en faisant face à des défis financiers, industriels et réglementaires de taille. Le prix de production référence est initialement estimé par les parties prenantes à 100€/MWh (en Euros 2024), soit quasiment 2x les prix de gros actuels. Les trois enjeux immédiats :
- Le coût sous examen : EDF estime désormais la construction des six réacteurs à 72,8 milliards d’euros (+8 % à fin 2025). Cette révision, qui inclut un doublement des provisions pour risques, ne convainc pas encore totalement la direction interministérielle dédiée au nouveau nucléaire. Un comité d’experts doit remettre un rapport en septembre pour valider cette trajectoire financière auprès de l’État.
- La maturité du design : pour éviter les déboires de Flamanville, EDF privilégie la finalisation des études de conception. L’objectif est d’éviter de signer des contrats trop tôt sur la base d’études insuffisamment approfondies. L’enjeu est aussi humain : certaines professions en tension pourraient nécessiter le recours à des travailleurs détachés ou à des partenariats avec d’autres secteurs industriels. Conséquence : le premier béton de Penly est décalé à 2029 afin de garantir un chantier mieux maîtrisé.
- Le feu vert des régulateurs : l’automne sera marqué par l’avis de l’ASNR sur la sûreté et par le verdict de Bruxelles sur le modèle de financement. La nomination de Céline Gauer à la Commission européenne, réputée pour sa fermeté, laisse présager des discussions intenses
À retenir : entre révisions budgétaires et arbitrages européens, la filière nucléaire entre dans une phase de “crash-test” réglementaire et financier qui déterminera le succès de la relance française. À court terme, les investissements pourraient faire dérailler les finances d’EDF et avoir un impact sérieux sur les prix de marché en France : EDF ne pourra pas vendre “à perte” (marché en dessous du coût de production) son nucléaire historique bien longtemps et risque de ne pas être à même d’investir dans tous ses projets même si l’état (nous !) portera une part significative de l’investissement. (Sources : Les Echos, La Tribune, EDF)
Bon à savoir
- Gaz : vers une hausse des prix tirée par les infrastructures et la fiscalité. Malgré une situation rassurante sur l’approvisionnement (stocks remplis à 36 % avec une obligation de remplissage à 85 %), Emmanuelle Wargon, présidente de la CRE, alerte sur plusieurs facteurs de hausse des prix des contrats de fourniture de gaz naturel, indépendamment du coût de la molécule.
- L’« effet ciseaux » sur les tarifs : la baisse de la consommation de gaz, si elle s’accompagne d’un maintien des coûts d’entretien des réseaux, fera mécaniquement monter les tarifs pour l’utilisateur final. La CRE estime que le tarif seul pourrait ne pas suffire à couvrir ces frais, posant la question d’une contribution du contribuable.
- Contestation des prévisions de baisse : la CRE juge infondée l’hypothèse d’une chute de 61 % de la consommation d’ici 2030 (avancée par le BEUC) et présentera ses propres chiffres début juillet 2026. Le BEUC (Bureau européen des unions de consommateurs) a complété sont analyse d’un prévision de hausse de 53 % des prix du gaz d’ici 2030.
- Pression fiscale et réglementaire : l’introduction de l’EU-ETS 2 (marché carbone étendu) et les dispositifs CPB (voir notre infolettre de la semaine passée) vont alourdir la facture globale, confirmant une trajectoire haussière pour le consommateur.
- Source : audition d’Emmanuelle Wargon (CRE) devant la commission des affaires économiques du Sénat, 13 mai 2026.
- Baisse du prix repère de gaz au 1er juin 2026. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a annoncé une diminution du prix repère de vente de gaz naturel pour le mois de juin 2026. La baisse globale est de 4,8 % TTC par rapport au mois de mai (qui avait subi une augmentation brutale d’environ 10 % passant en moyenne de 101 €/MWh en avril à 111 €/MWh en mai). Malgré cette baisse de juin, le prix de référence reste plus élevé qu’il ne l’était au début du printemps. La trajectoire reste volatile, ce qui justifie la prudence d’Emmanuelle Wargon (CRE) sur la “trajectoire haussière” globale du gaz que nous avons évoquée dans le paragraphe précédant. Pour les entreprises : ce n’est qu’un point de référence. Les fournisseurs n’indexant que très rarement leurs prix sur le TRVG. Nous privilégions les prix fixes pour nos clients, permettant de budgéter les dépenses.
- TICFE : Le taux réduit dépend de l’activité, pas du lieu. Dans un arrêt du 6 mai, la Cour de cassation a désavoué l’administration des douanes concernant l’application des taux réduits de TICFE (Accise sur l’électricité). Pour bénéficier du taux réduit, la nature industrielle d’une entreprise s’apprécie selon sa propre activité et non selon le lieu où elle l’exerce. Un prestataire industriel (ex: production de chaleur) peut désormais revendiquer ce taux même s’il opère sur le site d’un client non industriel. Cette décision sécurise les entreprises électro-intensives et ouvre la voie à des contestations pour celles ayant subi des redressements basés sur la localisation de leurs installations. À retenir : certaines entreprises seraient en droit de réexaminer leur éligibilité aux tarifs réduits d’accise !
Les marchés :
- Marché de gros de l’électricité : le marché de l’électricité subit une fébrilité paradoxale, entre instabilité macroéconomique mondiale et fondamentaux nationaux pourtant solides. L’absence de résultats concrets lors du sommet USA/Chine a accru la volatilité sur les marchés financiers. Par ricochet, les prix de gros de l’électricité ont enregistré une hausse relative, calquée sur celle des énergies fossiles. Cette hausse des prix est particulièrement sensible sur les échéances de livraison proches, tandis que les calendriers plus éloignés restent plus stables. Si la France subit cette hausse, c’est aussi en raison de la convergence des prix de l’électricité entre les différents pays européens. Cette harmonisation voulue par l’Europe se reflète dans les mécanismes de marché et tend, pour l’instant, à se faire au détriment du marché français. Néanmoins, la réalité physique des interconnexions frontalières devrait reprendre le dessus. À moyen terme, les fondamentaux de l’offre et de la demande propres à la France (grâce à sa production décarbonée) restent orientés au bénéfice des acheteurs depuis plusieurs mois.
- Marché de gros du gaz. Le principal complexe gazier des Émirats arabes unis ne retrouvera sa pleine capacité qu’en 2027, limitant l’offre mondiale. Selon l’IEEFA (Institute for Energy Economics and Financial Analysis), l’Europe a échoué dans sa stratégie de diversification après l’invasion de l’Ukraine. Elle a remplacé sa dépendance au gaz russe par un assujettissement massif au GNL américain (qui représentait 58 % des importations européennes en 2025, soit près de 100 milliards de m³). Paradoxe : la Russie assure toujours 12% de l’approvisionnement en GNL. La hausse structurelle des marchés est largement entretenue par la géopolitique, le report des livraisons en provenance du Qatar et l’augmentation de la demande en Asie. Les prix mensuels ont ainsi dépassé 50€/MWh sur la principale place de marché européenne (TTF) les prix annuels 2027 étant toujours 70% au dessus des plus bas de l’année. Si le remplissage pour l’hiver prochain progresse régulièrement (dépassant désormais les 35 %), le taux accuse un retard de 7 à 10 points par rapport aux niveaux observés à la même période en 2025.
- Retrouvez un suivi quotidien des prix de gros de l’électricité sur notre site internet : EEX Settlement Price Futures – WattValue – Achats groupés d’énergie et énergie renouvelable pour les professionnels
Suivi des prix de marché de gros de l’électricité : Baseload (€/MWh) :
| Années | Clôture | ||
| 08/05/2026 | 15/05/2026 | ||
| 2027 | 52,31 | 55,75 | ↑ |
| 2028 | 50,04 | 51,65 | ↑ |
| 2029 | 53,25 | 54,36 | ↑ |
Suivi des prix de marché de gros du gaz : Marché TRF (Trading Region France) (€/MWh) :
| Années | Clôture | ||
| 08/05/2026 | 15/05/2026 | ||
| 2027 | 35,34 | 37,08 | ↑ |
| 2028 | 26,96 | 27,24 | ↑ |
| 2029 | 23,18 | 23,32 | ↑ |
