L’actualité à la une
CEE – Entre pénurie de délivrances, flambée des prix et virage vers l’électrification. Le marché des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) traverse une zone de fortes turbulences. Entre des chiffres de délivrance dans le rouge, une refonte politique majeure et un impact direct et massif sur vos factures, décryptage d’un mécanisme en pleine mutation.
Volumes de la P5 revus à la baisse. C’est désormais officiel : le montant définitif de l’obligation pour la cinquième période (P5, clôturée le 31/12/2025) a atteint 2 820 TWhc (1 794TWhc classique et 1 026TWhc précarité), contre un objectif initial de 3 100 TWhc (TWhC = TWh Cumac). Si cette baisse confirme l’efficacité des efforts de sobriété énergétique, elle pose une question de fond : faut-il revoir à la baisse les exigences de la transition énergétique lorsque la consommation globale diminue ?
Volume de la P6 : des délivrances en chute libre et un déficit qui se creuse. La P6 avait acté la hausse des obligations et le ré-équilibrage entre électricité et gaz d’une part, et CEE standards et précaires d’autre part. Si les volumes de dossiers déposés en avril restent stables (47,8 TWhc en classique et 11,6 TWhc en précarité), seuls 36,4 TWhc de CEE classiques ont été délivrés en avril (64,2 TWhc mensuels nécessaires) et 8,7 TWhc délivrés de CEE précaires (à peine un tiers de l’objectif de 23,3 TWhc). L’avance confortable du marché s’effondre, à seulement 235 TWhc en avril (30% de baisse en 4 mois) avec même un déficit cumulé de 42 TWhc pour les CEE précaires.
Flambée des prix : l’impact direct sur vos contrats de fourniture. Cette raréfaction des CEE disponibles sur le marché crée une tension immédiate sur les prix, que nous constatons concrètement sur le terrain. Lors de nos dernières consultations groupées, nous avons observé une hausse substantielle du coût des CEE. Pour le gaz, ils dépassent désormais les 12 €/MWh chez l’ensemble des fournisseurs et frôlent même les 13 €/MWh. Pour rappel, ce coût n’était que de 7 €/MWh il y a tout juste 12 mois. Un quasi doublement qui pèse lourdement sur les budgets énergétiques des entreprises.
Enfin, le dispositif s’apprêterait à vivre un changement de paradigme. Selon des informations du Parisien et de Contexte, le gouvernement envisagerait de rebaptiser les CEE en « Certificats d’Électrification ». L’objectif ? Réorienter le dispositif vers la décarbonation et l’électrification des usages (pompes à chaleur, véhicules électriques, etc.), sans pour autant accroître les volumes globaux.
Que retenir : face à un marché des CEE de plus en plus coûteux et incertain, anticiper vos projets d’efficacité énergétique et sécuriser vos prix de fourniture devient plus que jamais une priorité absolue.
En bref – régulation et perspectives
- Bruxelles préparerait une baisse des taxes pour alléger les factures et accélérer l’électrification. Selon un projet de document de la Commission européenne révélé par Reuters, l’Union européenne s’apprête à réformer la fiscalité énergétique pour faire baisser durablement les factures d’électricité. Pour contrer la volatilité des marchés fossiles, Bruxelles prévoit d’imposer aux États membres des taux d’accises minimaux sur l’électricité nettement inférieurs à ceux du gaz naturel, tout en accordant des allégements fiscaux ciblés pour l’industrie lourde en Europe. Ce plan, qui s’accompagnera d’une stratégie globale d’électrification et d’objectifs contraignants sur les compteurs intelligents (50 % des consommateurs équipés d’ici 2030, la France ayant déjà fait sa transformation), vise à inciter les entreprises à consommer lors des pics de production renouvelable bon marché, tout en pénalisant l’usage des énergies fossiles. Un prémisse de la prochaine loi de finance 2027 en France ?
- TRVE : la CRE lance une consultation publique pour adapter le calcul des tarifs réglementés à la nouvelle donne du marché. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a ouvert une consultation publique afin de faire évoluer la méthode de construction des tarifs réglementés de vente d’électricité (TRVE), applicables aux ménages et aux petites entreprises. Constatant les transformations profondes du marché – électrification des usages, développement des ENR, besoin croissant de flexibilité, nouveau mécanisme de capacité –, le régulateur souhaite adapter sa méthodologie, en particulier la prise en compte plus rapide, au bénéficie du consommateur, des effets de l’accroissement de la production solaire et de la réforme du placement des heures creuses. Les acteurs du secteur ont désormais quelques semaines pour formuler leurs observations avant la mise en œuvre de ces évolutions tarifaires majeures. Ces évolutions pourraient influencer les fournisseurs dans leurs offres “au marché”
- Biométhane : entre ambitions, cadrage réglementaire et rappels à l’ordre. Alors que le cadre réglementaire des Certificats de Production de Biogaz (CPB) est désormais parachevé, la filière du gaz vert – qui représente 5 % de la consommation française (800 méthaniseurs) et vise 15 à 20% d’ici 2030 – défend activement sa place face au « tout-électrique » gouvernemental. Cependant, ce développement se heurte à des réalités économiques, le biogaz restant cher et dépendant des aides publiques, mais aussi à un recadrage strict du régulateur. Dans son dernier rapport de conformité, la CRE a ainsi sommé GRDF de recentrer sa communication sur la seule gestion des réseaux, d’arrêter ses appels à projets de production et de cesser ses campagnes grand public afin d’éviter toute confusion entre gaz fossile et gaz vert.
En bref – Le point marchés
- Marchés énergétiques : face aux déclarations de D. Trump, les traders se tournent vers les options. Face à l’imprévisibilité des déclarations de Donald Trump – dont les annonces font instantanément osciller les cours des marchés de gros –, les acteurs des marchés de l’énergie délaissent les stratégies traditionnelles pour se ruer sur le marché des options (Sommet Energy Trading Leaders d’Amsterdam). Les traders utilisent massivement ces produits dérivés pour couvrir leurs positions et se protéger des fluctuations brutales des matières premières, notamment le pétrole et le gaz. Cette quête d’outils de couverture flexibles est devenue indispensable pour naviguer au sein d’un marché volatile hésitant entre chocs de l’offre et volte-face politiques. Privilégiez les achats par anticipation : cela vous permet de lisser le risque géopolitique tout en profitant de niveau de prix à moyen terme qui restent très bas (voir notre Suivi des Marchés de Gros – WattValue – Achats groupés d’énergie et énergie renouvelable pour les professionnels).
- Production d’électricité mondiale : le gaz recule pour la cinquième année consécutive face au solaire. Selon le dernier rapport du think tank Ember, la part du gaz naturel dans le mix électrique mondial poursuit son déclin structurel, tombant à 21,8% après une cinquième année consécutive de baisse. Si la production à partir du gaz progresse encore très légèrement en valeur absolue, elle est littéralement écrasée par l’essor du solaire : en un an, la production photovoltaïque mondiale a bondi de 636 TWh (75 % de la hausse de la demande d’électricité), soit une croissance 17 fois supérieure à celle du gaz (38 TWh). Signe d’un point de bascule historique accéléré par les crises géopolitiques et la quête de sécurité énergétique, près de la moitié des 124 pays producteurs d’électricité à partir de gaz ont désormais franchi leur pic de consommation, le solaire s’imposant comme la solution la plus compétitive et rapide à déployer pour absorber la nouvelle demande.
- GNL : vers une accalmie progressive sur le marché mondial dans les prochains mois. Selon les analyses de l’énergéticien italien Edison publiées par Montel News, le marché mondial du gaz naturel liquéfié (GNL) s’apprête à entrer dans une phase de détente après plusieurs années de fortes tensions. Cette accalmie est attendue d’ici la fin de l’année. Elle s’explique principalement par la mise en service imminente de nouvelles capacités de production de GNL, notamment aux États-Unis et au Qatar. Cette augmentation significative de l’offre devrait progressivement reconstituer les marges de sécurité du marché et atténuer la concurrence entre l’Europe et l’Asie. Pour les consommateurs européens, ces perspectives fondamentales laissent présager une baisse de la volatilité et une stabilisation des prix de gros du gaz, même si le marché à court terme restera temporairement sensible au moindre aléa climatique ou géopolitique.
Les marchés de gros :
- Marché de gros de l’électricité : la perspective d’un accord de paix entre l’Iran et les États-Unis ne devrait pas bouleverser les prix de gros calendaires de l’électricité en France, structurellement peu dépendants des énergies fossiles, contrairement à nos voisins européens (hormis l’Espagne). En revanche, la vigilance est de mise sur le court terme : un changement des coûts de production du gaz pourrait rééquilibrer la dynamique de nos exportations. À cela s’ajoute l’arrivée des fortes températures, qui menace le rendement de l’ensemble du mix (nucléaire, éolien, photovoltaïque – baisse de rendement -, hydroélectricité). Ironiquement, la hausse des taux de la BCE pourrait plus peser sur l’économie et donc la demande que la fin des hostilités. On surveillera particulièrement les prix de gros 2026/2027, qui pourraient s’avérer volatils (avant de trouver un nouvel équilibre ?). Le marché spot confirme lui sa mutation : entre le 1er janvier et le 27 mai 2026, RTE a comptabilisé 306 heures de prix négatifs en 2026 (-20€/MWh en moyenne), contre 24 heures en 2023 !
- Marché de gros du gaz. Si « l’arrêt immédiat et permanent des opérations militaires » devrait permettre la réouverture stratégique du détroit d’Ormuz, le retour à une production normale de gaz au Qatar prendra plusieurs mois. Sur les marchés de gros, les prix à terme pour 2028 et au-delà intégraient déjà la fin du conflit au Moyen-Orient et devraient peu évoluer ; la volatilité se concentrera donc sur les échéances de court terme (6% de baisse ce matin). Côté offre, les flux de gaz norvégien et de GNL restent robustes, permettant aux stocks européens de regagner 5 points en une semaine pour atteindre 44% de remplissage (45% en France), même s’ils accusent un retard de 10 points par rapport à la même date en 2025. Ils sont néanmoins 10 points en dessous de 2025 à la même date. Enfin, sur le plan tarifaire, au 1er juillet, le prix repère de vente de gaz (PRVG) pour les clients résidentiels connaitra une hausse de 7,4% après une baisse de 4,8% le mois dernier, indique la CRE ; c’est l’effet d’une augmentation de 13 % de la composante fourniture, qui représente 30 % de ce tarif de référence et des tarifs de distribution du gaz.
- Retrouvez un suivi quotidien des prix de gros de l’électricité et du gaz sur notre site internet : EEX Settlement Price Futures – WattValue – Achats groupés d’énergie et énergie renouvelable pour les professionnels
Suivi des prix de marché de gros de l’électricité : Baseload (€/MWh) :
| Années | Clôture | ||
| 05/06/2026 | 12/06/2026 | ||
| 2027 | 56,75 | 57,78 | ↑ |
| 2028 | 51,84 | 51,64 | ↓ |
| 2029 | 54,60 | 54,61 | ↑ |
Suivi des prix de marché de gros du gaz : Marché TRF (Trading Region France) (€/MWh) :
| Années | Clôture | ||
| 05/06/2026 | 12/06/2026 | ||
| 2027 | 36,17 | 36,04 | ↓ |
| 2028 | 27,24 | 27,15 | ↓ |
| 2029 | 23,76 | 23,38 | ↓ |
