VOTRE ACTU DU MARCHÉ
Électricité : une accalmie stratégique à saisir dès maintenant. Dans la continuité de notre infolettre de la semaine dernière, nous pouvons confirmer un signal fort : la résilience du marché français. Malgré un contexte international lourd de tensions au Moyen-Orient (en dépit de la trêve actuelle), les prix de fourniture, dans la continuité des prix de gros, ne cèdent pas à la panique. Mieux encore, ils dessinent une fenêtre d’opportunité que nous anticipions et que notre dernière consultation groupée vient confirmer.
Ce qu’il faut retenir de notre consultation groupée : les résultats de la semaine dernière sont sans appel. Le marché français parvient, pour l’heure, à s’isoler de la volatilité extrême qui frappe les énergies fossiles.
- Les prix de fourniture obtenus pour les années 2027, 2028 et 2029 sont inférieurs à la moyenne de 2025, et nettement en deçà de 2024
- Fixer votre prix pour les 3 prochaines années transforme une incertitude de marché en une charge fixe prévisible
- Attendre un point encore plus bas est un pari risqué. Sécuriser maintenant est une décision de gestion prudente et responsable.
- Les fournisseurs répondent positivement à nos consultations sans rajouter de prime de risque anormalement élevée
En résumé : si les prix obtenus sont une excellente nouvelle, la mémoire de la crise énergétique de 2022 doit rester notre guide. L’histoire récente nous a appris que la volatilité est “l’ombre” du marché de l’énergie : elle peut réapparaître sans prévenir. Les niveaux de prix obtenus permettent de gommer les hausses subies dans les contrats précédents (2022 à 2025), ou, à minima, de stabiliser le budget électricité.
Ne cherchez pas le point le plus bas absolu, cherchez la sécurité budgétaire. Le niveau actuel offre un excellent ratio risque/opportunité pour stabiliser vos coûts jusqu’en 2029
Bon à savoir
- Électrification : pour faire face à l’instabilité des prix de l’énergie, le gouvernement mise sur une électrification massive. Le Premier ministre a validé une hausse historique du soutien public, passant de 5,5 à 10 milliards d’euros et acté la fin prochaine du gaz dans les constructions neuves. L’objectif est clair : réduire la dépendance aux hydrocarbures importés. Ce plan, qui suscitera sans doute de nombreux débats, veut amorcer une sortie progressive des énergies fossiles. Rappelons que le gaz a longtemps été privilégié à l’électricité dans le neuf, que le transport reste le premier consommateur d’énergies fossiles et que l’industrie affronte une concurrence internationale hors Europe qui continuera à utiliser massivement le gaz.
- Le fournisseur SAVE change de nom : pour s’adapter à la volatilité du marché, Save Energies devient officiellement Idex. Ce regroupement sous une marque unique est le résultat d’une intégration verticale du fournisseur avec son actionnaire unique, Idex, alliant production d’énergie locale et optimisation de marché pour offrir plus de stabilité à ses clients. Save a été retenu dans le passé dans plusieurs de nos consultations.
- Marché du Gaz : hausse du prix repère et vigilance sur le stockage : la situation sur le marché du gaz reste sous tension en raison des conflits géopolitiques au Moyen-Orient.
- Prix Repère du Gaz Naturel : la CRE a annoncé une hausse de 15,4 % du prix repère de vente de gaz au 1er mai 2026, le portant à 160,54 €/MWh TTC (incluant molécule et accès au réseau). Cette hausse, principalement due à l’augmentation des coûts d’approvisionnement, impacte directement la compétitivité des entreprises dont les contrats sont indexés sur ce prix de référence et ne sont pas à prix fixe. D’après la CRE, 73% des particuliers ont un contrat indexé sur ce prix repère. La plupart des entreprises ont soit un prix fixe soit un prix indexé.
- Stockage : les réserves européennes affichent un niveau historiquement bas de 28 % au 1er avril. L’objectif est d’atteindre un taux de remplissage de 30% avant la fin du mois et de 80 % avant l’hiver 2026-2027, une mission complexifiée par les tensions sur les flux de Gaz Naturel Liquéfié.
- Le Biométhane aide… un peu : la France s’impose comme le leader européen de l’injection de biométhane, avec plus de 800 sites raccordés aux réseaux de distribution de gaz naturel. Portée par une dynamique agricole unique, cette filière a vu ses capacités d’injection décupler en seulement cinq ans, atteignant une production annuelle d’environ 15 TWh. Ce déploiement massif permet au pays de verdir son mix énergétique tout en renforçant sa souveraineté, avec l’objectif de couvrir 15 % de la consommation nationale de gaz par du renouvelable d’ici 2030 (3,9% à date). Pour poursuivre l’investissement, la filière est en attente de la trajectoire des CPB (Certificats de production biométhane) que l’on retrouve sur toutes les factures de gaz depuis début 2026 (à hauteur maximale de 0,41€/MWh en 2026).
- CEE : sur le marché des Certificats d’Économie d’Énergie (CEE), les prix CUMAC (standards et précaires) maintiennent leur progression sur la plateforme C2E Market, bien qu’un ralentissement de cette hausse se dessine (après notamment un doublement en 12 mois des CEE précaires). Les tarifs répercutés par les fournisseurs d’énergie restent homogènes, s’établissant environ à 11 €/MWh pour l’électricité et 12 €/MWh pour le gaz. Une déconnexion persiste avec le registre EMMY ; si ce dernier affiche une baisse, il ne reflète pas fidèlement les transactions réelles en raison de son caractère purement déclaratif. La pression haussière sur les CEE continue d’influencer directement le coût final des fournitures énergétiques
- EDF : Relance du nucléaire et stabilité du réseau électrique : le parc nucléaire français est au cœur d’une double actualité.
- D’une part, EDF s’engage dans un défi industriel majeur pour réduire les délais de construction de ses futurs réacteurs. Après les retards de Flamanville-3 (203 mois de construction), l’objectif pour les futurs EPR2 est de ramener le délai à 70 mois par tranche, avec une mise en service visée dès 2038 à Penly. L’enjeu est de garantir une électricité compétitive autour de 70 €/MWh. La référence : la Chine a réussit à réduire les temps de construction en dessous de 65 mois en pariant sur la standardisation et l’effet de série.
- D’autre part, les centrales nucléaires jouent un rôle crucial, bien au-delà de la simple production : elles assurent l’équilibre du réseau. Contrairement au solaire et à l’éolien, l’inertie des machines synchrones des centrales maintient la tension nécessaire pour éviter tout risque de “black-out”. Pour garantir ce service et avec le retour d’expérience du blackout espagnol, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a validé un modèle où EDF serait indemnisé pour faire tourner ses centrales même en période de surproduction et de prix de marché négatifs
- CSPE : nouvelles méthodes d’évaluation pour optimiser les charges. La CRE a récemment mis à jour la méthodologie d’évaluation des Charges de Service Public de l’Énergie (CSPE) pour 2026. Cette taxe finance notamment le soutien aux énergies renouvelables et les dispositifs sociaux comme le chèque énergie. Parmi les évolutions notables, on retient la mise en place d’un dispositif de modulation à la baisse de la production éolienne et photovoltaïque lors des épisodes de prix négatifs sur le marché de gros. L’objectif est de réduire le montant global de la CSPE en évitant de rémunérer des installations lorsque l’électricité ne trouve pas preneur à un prix positif et in fine de à limiter la dérive des charges publiques compensées par le budget de l’État (lui même abondé par les accises des factures d’énergie)
Les marchés :
- Marché de gros de l’électricité : le gaz continue à jouer un rôle très marginal dans la formation du prix de l’électricité en France. Si le prix de gros à terme du gaz naturel a reculé de 5 à 15 % selon les années de livraison, l’électricité aux mêmes échéances n’a pas suivi cette tendance, avec même une légère hausse pour 2028 et 2029. Les prix de gros 2026 (mensuels ou trimestriels) sont tirés vers le bas, grâce à une baisse de la consommation due aux températures douces et à une bonne production éolienne et solaire. L’écart avec l’Allemagne reste marqué, allant de 20 €/MWh pour les échéances lointaines à 50 €/MWh pour le mois de mai, en faveur du marché français. Le nucléaire a finalement produit 104TWh au 1er trimestre, une hausse de0,9% d’une année sur l’autre. Enfin, les prix négatifs se représentent avec un niveau de -125€/MWh atteint le lundi de Pâques.
- Marché de gros du gaz. Après un bref répit avec une forte baisse des prix en milieu de semaine (mai 2026 perdant environ 7 €/MWh et 2027 chutant de 12 %), le marché de gros du gaz naturel reste sous tension. À la mi-journée, le contrat de mai 2026 reprenait ainsi plus de 9 % sur le marché néerlandais TTF. Cette accalmie était due à l’espoir d’un retour à la normale des flux de GNL et à une météo printanière clémente. Mais le soulagement reste fragile : le détroit d’Ormuz est presque fermé, avec seulement 15 % du transit habituel avant un éventuel blocus américain. La pression sur l’offre pourrait durer alors que les stocks de gaz restent très faibles (29 % au niveau européen, 25 % en France, soit 6 points de moins qu’en 2025).
- Retrouvez un suivi quotidien des prix de gros de l’électricité sur notre site internet : EEX Settlement Price Futures – WattValue – Achats groupés d’énergie et énergie renouvelable pour les professionnels
Suivi des prix de marché de gros de l’électricité : Baseload (€/MWh) :
| Années | Clôture | ||
| 02/04/2026 | 10/04/2026 | ||
| 2027 | 56,57 | 55,17 | ↓ |
| 2028 | 51,54 | 52,35 | ↑ |
| 2029 | 54,68 | 55,66 | ↑ |
Suivi des prix de marché de gros du gaz : Marché TRF (Trading Region France) (€/MWh) :
| Années | Clôture | ||
| 02/04/2026 | 10/04/2026 | ||
| 2027 | 39,21 | 34,52 | ↓ |
| 2028 | 28,52 | 26,29 | ↓ |
| 2029 | 24,43 | 23,68 | ↓ |
