Multipliés par près de neuf en moins de deux ans aux enchères françaises, les prix des GO restent bas mais ne sont plus bradés

Fin 2024, une garantie d’origine (GO) française se vendait environ 0,20 €/MWh aux enchères de l’État. Le 21 octobre 2026, elle s’est vendue 1,75 €/MWh en moyenne. Faut-il en conclure que le marché s’emballe ? Non : on reste loin du pic de 5,90 €/MWh atteint fin 2022.
Mais la période des GO quasi gratuites est derrière nous. Pour les fournisseurs qui s’approvisionnent aux enchères, le prix a été multiplié par près de neuf et une partie de cette hausse se retrouve dans les contrats des entreprises. Les règles de comptabilisation carbone pourraient également encore évoluer d’ici 2027.
Attention toutefois : ce prix d’enchère n’est pas celui que paie votre entreprise. Cet article fait le point sur les prix actuels et ce qui les sépare de votre facture, ce qui distingue une GO d’une autre, et la manière d’acheter les vôtres pour 2027.

Ce qu’est une garantie d’origine (et ce qu’elle n’est pas)

Une garantie d’origine est un certificat électronique qui atteste qu’1 MWh d’électricité a été produit à partir d’une source renouvelable, sur un mois donné. En France, elle est émise et suivie dans le Registre national tenu par EEX, sur mandat de l’État. Une fois « annulée » au nom d’un consommateur, elle ne peut plus être revendue : c’est ce qui permet d’éviter le double comptage.
Deux limites à garder en tête :

  • Elle ne garantit pas que l’électricité qui arrive physiquement sur votre site vient de l’installation concernée : sur le réseau, tous les électrons se mélangent.
  • Elle ne finance pas, en soi, de nouvelles capacités renouvelables. Une GO issue d’un barrage norvégien en service depuis cinquante ans reste une GO valable.

Le mécanisme s’est largement diffusé : en 2025, 81,5 TWh de garanties d’origine ont été utilisées en France, selon l’AIB, soit près d’un cinquième de la consommation d’électricité du pays.

Prix des enchères, prix de gros, prix payé : trois réalités différentes

Avant de parler chiffres, une précision essentielle : le prix affiché aux enchères ou sur le marché de gros n’est jamais le prix que paie une entreprise pour ses GO. Le marché des garanties d’origine est peu liquide et passe en grande partie par des contrats de gré à gré. Il existe donc trois niveaux de prix :

Niveau de prix Qui achète Ce que le prix reflète
Enchères de l’État (EEX) Fournisseurs et négociants inscrits au registre GO françaises d’installations soutenues par l’État, vendues chaque mois par région et technologie
Marché de gros Fournisseurs, négociants, producteurs Prix négociés entre professionnels, de gré à gré, via des courtiers ou en bourse : un marché expert
Prix de détail (votre contrat) Consommateur final Prix de gros + marge du fournisseur + primes de risque + ajustement au volume réellement consommé + frais de gestion

Les enchères : la seule référence publique

L’État vend chaque mois aux enchères les GO des installations qui bénéficient d’un soutien public (obligation d’achat ou complément de rémunération). C’est la seule référence de prix publique et officielle du marché français, avec un prix de réserve de 0,15 €/MWh. Elle renseigne sur la tendance, pas sur ce que vous paierez.
Résultats de l’enchère du 21 octobre 2026 (production de juillet 2026) :

Technologie Volume vendu Prix moyen pondéré
Solaire 2,35 TWh 1,75 €/MWh
Éolien terrestre 1,37 TWh 1,76 €/MWh
Thermique renouvelable 0,32 TWh 1,69 €/MWh
Hydraulique 0,12 TWh 1,75 €/MWh
Total 4,15 TWh 1,75 €/MWh

Selon les régions, les prix allaient de 1,69 €/MWh (Nouvelle-Aquitaine) à 1,85 €/MWh (Bourgogne-Franche-Comté). Le prix moyen recule légèrement par rapport à l’enchère de septembre (production de juin), conclue à 1,77 €/MWh. La prochaine enchère, portant sur la production d’août, se tiendra le 18 novembre 2026.

Historique des prix moyens aux enchères françaises :

Période Prix moyen aux enchères Contexte / Évolution par rapport à la période précédente
Production de juillet 2026 1,75 €/MWh Stabilisation
Production de juin 2026 1,77 €/MWh Nette remontée
Fin 2024 ≈ 0,20 €/MWh Point bas, offre excédentaire
Production de décembre 2022 5,90 €/MWh Pic de la crise énergétique
Fin 2021 ≈ 0,80 €/MWh Première hausse
2019-2020 ≈ 0,20 €/MWh Lancement des enchères

La France dans le marché européen

Les enchères EEX ne montrent qu’une partie du marché. Les GO circulent entre la plupart des pays européens grâce à l’AIB (Association of Issuing Bodies), qui relie les registres nationaux. En 2025, l’Europe a émis 1 091 TWh de GO et en a utilisé 978 TWh : l’offre dépasse encore la demande, ce qui explique en partie des prix toujours modérés.

France (TWh) 2024 2025 Janv.-sept. 2026 Évolution sur 9 mois
GO émises 134,8 122,7 114,1 +14 %
GO utilisées 88,6 81,5 82,8 +25 %
GO exportées 110,1 108,9 96,6 +17 %
GO importées 66,8 81,2 68,5 +20 %
Solde exportateur net 43,3 27,7 28,1 –

Source : AIB, statistiques EECS (domaine France). Évolution : janvier-septembre 2026 par rapport à janvier-septembre 2025.

La France exporte plus de GO qu’elle n’en importe : elle était en 2025 le 3e exportateur net européen, derrière la Norvège et la Suède, alors que l’Allemagne importait 172 TWh. Mais ce solde a fondu en 2025, de 43 à 28 TWh, car les imports progressent. Surtout, l’utilisation de GO en France a bondi de 25 % sur les neuf premiers mois de 2026 : ce sursaut de la demande est cohérent avec la remontée des prix aux enchères.

Du prix de gros au prix de votre contrat

Entre le prix des enchères ou du marché de gros et celui de votre facture, plusieurs éléments s’ajoutent :

  • La marge et les frais du fournisseur : achat, transfert et annulation des GO au registre, émission de l’attestation à votre nom.
  • Les primes de risque : le fournisseur s’engage souvent sur un prix avant d’avoir acheté toutes les GO. Il se couvre contre une hausse, et cette couverture a un coût.
  • L’ajustement au volume réel : votre consommation exacte n’est connue qu’après coup. Le fournisseur doit acheter une marge de sécurité ou compléter en fin de période, au prix du moment.
  • La date d’achat : un contrat signé fin 2024 a pu figer un coût très bas, un contrat signé aujourd’hui intègre les prix actuels. Deux entreprises voisines peuvent payer des prix très différents pour la même GO.
  • Le produit choisi : origine France, région, technologie, installation récente ou ancienne.
  • La faible liquidité : sur un marché étroit, l’écart entre prix acheteur et prix vendeur est plus large, et ce coût se retrouve dans le prix final.

Le prix des enchères donne donc un plancher, pas un devis. À titre d’ordre de grandeur, pour un site de 1 GWh par an, les GO au seul prix des enchères d’octobre représenteraient environ 1 750 € HT, contre 200 € fin 2024. Le coût réellement facturé sera plus élevé et dépendra de la date et des conditions de votre contrat. Pour connaître votre vrai coût, demandez à votre fournisseur un prix des GO distinct du prix de l’électricité.

Toutes les GO ne se valent pas

Le marché ne se résume plus à un prix unique. Quatre critères font varier la valeur d’un certificat :

  • Le pays de production. Les GO européennes standard, dominées par l’hydraulique nordique, s’échangeaient autour de 0,8 €/MWh sur le marché de gros au printemps 2026. Les GO françaises se négocient nettement plus cher, comme le montrent les enchères : l’origine France a un prix.
  • La technologie. Éolien, solaire, hydraulique ou thermique renouvelable : aux enchères françaises, les écarts restent faibles (quelques centimes), mais ils sont plus marqués sur le marché de gré à gré.
  • Le millésime et le mois de production. Une GO certifie un mois de production donné et reste utilisable 12 mois. Les GO d’hiver, plus rares pour le solaire, peuvent valoir davantage, surtout si la correspondance temporelle se durcit (voir plus bas).
  • L’ancienneté de l’installation. Une GO adossée à un parc récent, ou achetée avec l’électricité d’un même producteur (PPA, offre « premium »), est mieux valorisée qu’une GO issue d’un ouvrage ancien. Au-delà de 15 ans, elle ne compte plus pour le SBTi (voir plus bas).

Pour l’acheteur, la question n’est donc pas seulement « combien ? » mais « quelle GO, pour quel usage ? ». Une entreprise qui veut simplement afficher une électricité renouvelable n’a pas les mêmes besoins qu’une entreprise qui communique sur une électricité « française et locale ».

Ce qui reste ouvert pour 2027

Plusieurs facteurs peuvent faire bouger les prix l’an prochain :

  • La demande des entreprises. Les politiques RSE et le reporting extra-financier (dont la CSRD pour les entreprises concernées) s’appuient sur les GO pour justifier une électricité renouvelable dans le bilan carbone (méthode « market-based » du Scope 2). Cette demande soutient le marché, en particulier pour les GO françaises.
  • L’offre renouvelable. La croissance du solaire et de l’éolien en Europe augmente chaque année le nombre de GO émises. Elle devrait limiter les tensions sur les produits européens standard. Les analystes de Wood Mackenzie anticipent des prix qui se stabiliseraient au-dessus des niveaux récents, tout en restant modérés à moyen terme.
  • La correspondance horaire. C’est le sujet qui pourrait le plus changer la donne. Le GHG Protocol, référence mondiale de la comptabilité carbone, révise ses règles sur le Scope 2. Son projet prévoyait de n’accepter les GO que si elles correspondent, heure par heure, à la consommation. Lors de la consultation close fin janvier 2026, 70 % des 909 répondants y étaient peu ou pas favorables, et seulement 12 % des entreprises la soutenaient. La piste désormais étudiée est une double méthode : l’une exigeante (correspondance horaire, proximité géographique, installations récentes), l’autre fidèle aux règles actuelles. Le standard final est attendu en 2027. Le GHG Protocol n’imposera donc pas la correspondance horaire en 2027, mais les GO « bien datées » pourraient prendre de la valeur.
  • Les nouvelles règles du SBTi. Le SBTi (Science Based Targets initiative), qui valide les objectifs climat des entreprises, a publié en juin 2026 la version 2 de son standard Net-Zero. Elle s’appliquera aux objectifs soumis à partir du 31 janvier 2027, avec une période de transition jusqu’au 31 janvier 2028. Pour les GO, trois changements comptent : les certificats issus d’installations de plus de 15 ans ne seront plus reconnus, ils devront provenir de la région où l’électricité est consommée (périmètre encore à préciser), et les entreprises consommant au moins 10 GWh par an devront publier la part de leur consommation couverte heure par heure. Pour une entreprise engagée dans le SBTi, une GO hydraulique ancienne, la moins chère du marché, ne suffira plus. L’écart de prix entre GO « standard » et GO récentes et locales pourrait donc se creuser.
  • La liquidité. Certaines catégories de GO restent peu échangées. Une transaction importante peut faire bouger les prix sans que les fondamentaux aient changé.

Prendre les devants : acheter ses GO 2027 en anticipant

Chez WattValue, nous recommandons d’aborder les GO avec la même rigueur que l’électricité elle-même :

  • Dès maintenant : vérifiez ce que contient votre contrat. Une offre « verte » peut couvrir 100 % ou seulement une part de votre consommation, avec des GO françaises ou européennes, d’une technologie précise ou non. Le prix des GO est-il fixe, ou répercuté chaque année ? Est-il affiché séparément du prix de l’électricité ? Ne le comparez jamais au prix des enchères : comparez des offres de détail entre elles, à produit identique.
  • Définissez votre besoin. Quel volume, quelle part de votre consommation, quelle exigence d’origine (Europe, France, région, technologie) ? C’est ce choix, plus que le marché, qui détermine votre budget.
  • Achetez progressivement, ou au moins anticipez : sécuriser tout ou partie de vos volumes 2027 aux prix actuels limite le risque d’acheter au mauvais moment.
  • Exigez la preuve. Demandez à votre fournisseur l’attestation d’annulation des GO à votre nom, avec le pays, la technologie, la période de production et l’année de mise en service de l’installation. C’est elle qui justifie votre bilan carbone.
  • Anticipez la suite. Si vous avez ou visez un objectif validé par le SBTi, vérifiez dès maintenant l’âge et l’origine des installations derrière vos GO, et commencez à collecter vos données de consommation horaires (courbes de charge) : elles seront indispensables si la correspondance horaire se généralise.

Vos contrats d’électricité arrivent à échéance en 2027 ou 2028 ? Profitez de leur renouvellement pour intégrer vos garanties d’origine à l’appel d’offres : c’est souvent là que se joue le meilleur rapport prix / exigence environnementale.

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  • Éthique et transparence : une garantie d’indépendance totale vis-à-vis des fournisseurs et une transparence complète sur les rémunérations ; WattValue est également certifiée BCorp

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